dezembro – são paulo, la plata, playa unión

l’arrivée à são paulo est un peu un choc : j’avais déjà survolé cette ville tentaculaire, et j’essayais de me rassurer que c’était sûrement mieux vu du sol. je rejoins luz, qui sortant de sa vie de petit village de goyais, est encore plus déboussolée. les rues fourmillent de monde et les premiers jours sont décidemment denses : denses de monde, de bruit, de pollution.
heureusement l’accueil de jú dans sa charmante maison nous redonne un peu d’air. elle nous raconte son voyage en inde et sa rencontre avec un homme saint à qui elle a finit par faire un tatouage. chez elle plus que jamais, je sens le besoin de sortir des milieux aggressifs du tatouage commercial, peuplé par des personnages pressés, qui traitent leurs clients comme du bétail et se prennent pour des rock stars. un détour par une autoroute déserte et une favela à l’air hostile nous amène jusqu’à la porte d’un adorable fabriquant de machines à tatouer, caché dans un atelier clandestin oú la mafia de ses concurrents ne le trouvera pas. comme un joallier, il taille chacune de ses pièces à l’aide d’énormes machines qui cisellent le métal avec de délicates arabesques. en deux heures le tour est joué, nous voilà avec deux dermographes montés, testés et prêts à l’emploi.
 sa famille passe nous ravitailler en café et nous regarder travailler avec curiosité : notre hôte nous confesse qu’il n’arrivait pas à me croire, quand je lui ai dit que je voulais apprendre, et que j’étais une femme. il nous montre des dermographes fait à partir de balles et de chaînes de vélos, et comment faire remonter les métaux lourds de la teinte marron avec un aimant. il nous raconte comment il a fait sa première machine (et son premier tatouage) à 10 ans, un vrai coup de foudre, et nous parle d’une opportunité d’aller travailler en hollande. sa mère décrit un parc qu’elle a vu en rêve, oú l’attendait son défunt mari. pour la première fois de sa vie, elle décide d’aller visiter le portugal, elle là elle a retrouvé le jardin de sa vision.

a chegada em são paulo é meio áspera : já tinha voado acima dessa cidade gigantesca, y tentei me persuadir de que com certeza tinha que ser melhor visto desde o embaixo. me junto com luz, que saindo da sua vida num povozinho de goias, está ainda mais perplexa. as ruas estão sempre cheias de gente e os primeiros dias são densos, de pessoas, de barulho, de poluição. 
por sorte, estamos acolhidas na linda casa da linda jú, que nos devolve o carinho que faltava nas ruas dessa cidade que parece tão fria. ela nos conta a sua viagem na índia, seu encontro com um homem santo que ela terminou tatuando. na casa dela mais do que nunca, sinto uma necessidade de sair do meio agressivo da tatuagem comercial, povoado por personagens apurados, que tratam a sua clientela como gado e com o ego de estrelas do rock. uma volta por uma estrada deserta e uma favela com aparência hostil nos leva até a porta de um adorável fabricante de máquinas de tatuar, escondido num ateliê clandestino onde a mafia dos seus concorrentes não o pode encontrar. como um joalheiro, ele esculpa cada uma das suas peças com a ajuda de máquinas enormes, que cinzelam o metal com arabescos delicados. em duas horas já está, temos duas máquinas montadas, ajustadas e prontas para uso. a família dele vem nos reaprovisionar com café e nos olham trabalhar com curiosidade : nosso anfitrião confessa que não conseguia acreditar, quando eu falei que queria aprender, e que era mulher. ele nos mostra dermografos feitos com balas e correntes de bicicleta e como fazer subir os metais pesados da tinta marrom com um imã. nos conta como fez a sua primeira máquina (e a sua primeira tatuagem) com 10 anos, um amor louco a primeira vista, e fala duma oportunidade de talvez ir trabalhar na holanda. sua mãe descreve um parque que ela viu num sonho, onde seu marido falecido esperava ela. pela primeira vez, ela decidiu ir visitar a portugal, onde se negava a ir há anos, e lá encontro o jardim da sua visão.

le délicieux salon de tatouage de jú
o lindo estúdio da jú


et comme dit le proverbe, ne laissez jamais seules trois tatoueuses!
e como disse o proverbio popular, nunca deixe três tatuadoras sózinhas!

luz tatoue jú
luz tatuando jú

chloé par luz
chloé por luz

luz par jú
luz por jú
atelier de dermographes
ateliê de montar máquinas

petit détour cubain chez alicia, la fabuleuse inventeuse de vêtements qui en attendant se contente d’être fabuleuse serveuse de mojitos. c’est la première fois que quand je dis “j’ai dû me marier avec un brésilien”, trois voix en coeur répondent “moi aussi!”. on prend des cafés qui s’appellent cubita et ils me racontent leurs saudades du pays et de la musique avec beaucoup de “ui mamita” et “qué rico!”

on recroise d’autres amis de alto paraíso, qui passent montrer un ventre gonflé à des bientôt grand-parents
soirée avec le bloco de alicia
beco do batman
 …et oui, une fois qu’on passe vingt minutes de motels sur voie rapide, on trouve un temple bouddhiste. pour faciliter la méditation il y a même un lac  avec des tortues immobiles qui ressemblent à des pierres, jusqu’à ce qu’elles paniquent et se jettent maladroitement à l’eau, aussi vite que possible.

notre équipe de deux s’agrandit avec l’arrivée d’andrea qui se baladait en uruguay
un mur de la plata crie “macri, sós el passado que quiere volver” – macri, tu es le passé qui veut revenir. je pensais que macri était une femme qui avait brisé un coeur mais on me corrige vite et les discussions sur la politique sont fréquentes et amères. les  murs crient d’ailleurs beaucoup dans cette petite ville si charmante, avec ses parcs et infinies étendues d’herbe à picnic, à jeu de chiens et à balades qui bordent les rues. ils crient la politique la révolte et la haine mais ils sont aussi bariolés de toutes les couleurs des nombreuses peintures murales qui ritment les façades – des oiseaux, des mona lisa baroques, des paysages et femmes mystérieuses. bienvenue en argentine, il y a même un quartier qui s’appelle “barbecue”. aníbal nous offre un toit, un jardin et beaucoup de chansons pendant qu’il cuisine. devant sa maison il  y a un grand autel au gauchito gil, avec des statues, des bougies, des bouteilles de bière et beaucoup de tissu rouge. demian me montre un petit portrait de lui qu’il a dans le dos, et me raconte la carte sacrée trouvée par terre qui apporte la chance au cercle de personnes à qui elle est distribuée.
aníbal nous enseigne l’art sacré des empanadas
maté du matin dans le jardin
sirène inversée

mylo, le bébé le plus souriant du monde, en garderie avec tatie andrea pendant que maman se tatoue des fleurs
demian
double session synchronisée! pendant ce temps, dans la cuisine, il y avait des cours de tango et des concerts de percussion
caña
 
évidemment, nous allons à des milongas. nous regardons les couples de quatre-vingts ans glisser sur le parquet, les jeunes qui improvisent sur les remix de gotan project. ici ça danse en tongs et en short lycra de course, on nous explique que dans la capitale c’est plus snob, il faut être avec les talons et la jupe de rigueur. luz ressort des talons de presque dix ans pour l’occasion, qu’elle portait pour mettre le feu aux milongas quand elle étudiait ici.
chez demian et daiana
on étudie des oiseaux et des petits chats
la comparsa de candombe de oieloo oú jouent anibal et demian. le candombe est un groupe de percussion typiquement argentin. il y a trois tambours de taille différente, le chico, le repique et le piano, chacun avec un rythme assigné, et qui jouent traditionellement pendant la marche. chaque dimanche, la comparsa se rassemble dans un parc pour jouer, jouer, jouer encore, et bien sûr en profiter pour faire un barbecue et boire du fernet au pamplemousse.

dans l’intervale entre buenos aires et la patagonie, le père noel décide de me faire une bonne blague. nous sommes le 24 decembre et devant une station de bus une bande me vole mes deux sacs à dos, embarquant matériel de tatouage, de peinture, passeport, portable, culottes sales, tout. heureusement qu’après tout ça dans la petite voiture de fede, qui nous emmène jusqu’à playa union, il y a des feuilles de coca dans le maté, il y a luigi le chat qui escalade les dossiers de siège, un coucher de soleil complètement inoubliable avec comme fond sonore des chansons tragiques d’amour criées en trois langues, et un très mérité pancho fumant avec une gorgée de fernet sur le bord de l’autoroute. on entre en territoire de cumbia et à l’arrivée chez les parents de luz il y a un demi-porcelet qui me regarde, en rôtissant lentement, attendant les invités. on nous accueille avec un concert des petits frêres, des histoires de vans qui traversent des murs de verre et bien sûr du maté.
méga bataille d’eau avec les cousins, tantes, frêres et soeurs. bilan un oeil au beurre noir et un doigt de pied cassé (“chouette, deux semaines de congés payés!”)
la patagonie nous offre beaucoup de soleil pour les fêtes et des chiens qui jouent avec des loups de mer dans l’eau du port. je retrouve avec un plaisir immense des nuits qui ne commencent qu’à partir de dix heures. le paysage de désert sec nous fait boire des litres d’eau les premiers jours, et sur la plage les gens emmènent des chaises pour ne pas s’allonger sur les pierres et des grandes toiles avec des bâtons qui servent à couper le vent. les trois masseuses de la maison échangent des trucs sur les canaux d’énergie et comment débloquer un muscle tendu. je sens que le brésil est bien loin quand je vois les garçons jouer au rugby, et que j’entends spéculer que les sénégalais qui vendent des montres sur la plage pourraient être porteurs du virus d’ébola. un sauveteur avec qui je bois deux matés me dit spontanément que les gens sont très fermés ici. en été l’eau est aléatoirement coupée pendant plusieurs heures, sauf dans les quartiers riches. le chien des voisins se jette sans distinction au milieu des batailles d’eau et au milieu des gerbes d’étincelles des pétards de nouvel an. on passe la nuit du 31 à danser et selon la tradition, à minuit on ouvre une bouteille de cidre, et on mange beaucoup de panetone, chocolats et turrón. vers quatre heures on va regarder la lune sur la plage sous deux-trois couettes, pour remercier iémanjá que cette année finisse enfin. 
on dépoussière une combi à l’abandon, pleine de poussière d’acier, en rêvant à notre projet de studio à roues pour traverser le continent

chez le grand-père, je plonge dans le premier de beaucoup de placards de femmes généreuses, cherchant des vêtements qui puissent me tenir chaud ici et me garder au frais une fois rentrée à rio. la nuit se passe entre photos vieilles de trente ans, de mariages, de fêtes, et des chants en portognol des orishas dans un épais nuage de tabac

coucher de soleil de patagonie pour francis
cover-up en cours pour andrea
cover-up en cours pour alexis – scarabé sacré d’égypte

aníbal tatoué par luz – une vrai pub pour yaourt bio
giselle me fait une fleur et me passe un vieux portable contre un dessin pour tatouer sa copine

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